L’exposition « Orient Occident » a eu lieu le 8 octobre 2005, à l’occasion de l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE de la Turquie, dans l’atelier rue Isidore Verheyden à Bruxelles.

José Lavezzi et Astrid Grunert ont alors présenté leurs impressions sur ce thème de plus en plus d’actualité.

 

Verdades

¿Qué verdad quieres ?

¿Ésta que está en las manos ?

O ésta, que está escondida detrás de los ojos

cerrados ?

Welche Wahrheit möchtest du ?

Die, die auf der Hand liegt ?

Oder die, die hinter geschlossenen Augen

versteckt ist ?

En Estambul

Encontrarás ambas.

Y cada una

te guía un poco más adelante

en las calles

que muestran su corazón

y no su alma.

In Istanbul

Wirst du beide finden.

Und jede einzelne

Führt dich ein Stück weiter

Die Straßen hinauf und hinunter,

die ihr Herz zeigen

aber nicht ihre Seele.

Entras en el Gran Bazar

y estás

detrás

de una cortina

cortando pasado y presente,

realidad e surrealismo/irrealidad,

deseos y sueños

antes de tejerlo todo

en una red

sorprendentemente fijada.

Du betrittst den Großen Basar

Und bist

Hinter

Einem Vorhang,

der Vergangenheit und Gegenwart,

Realität und Surrealität,

Wünsche und Träume

Teilt -

Bevor alles

Zu einem - erstaunlicherweise festen - Netz

Zusammengefügt wird.

El aire

de las tiendas

no te pertenece

y, sin embargo, lo inhalas

con curiosidad y con estupefacción.

Todos dicen tu nombre

y nadie te mira a los ojos.

Die Luft

Der Geschäfte

Gehört dir nicht.

Und trotzdem atmest du sie ein,

mit Neugier und Befremden.

Jeder ruft dich beim Namen

Und keiner schaut dir in die Augen.

Las cosas ofrecidas

mantienen un doble engaño

entre tradicionalidad, vida turista y modernidad oriental.

El contexto de su apariencia

niega toda clasificación.

Y nos manda a la búsqueda

de lo que es/ o puede ser

nuestra supuesta identidad ...

Die Waren

Erhalten eine doppelte Täuschung aufrecht,

zwischen Traditionalität, Turismus und orientalischer

Modernität.

Der Kontext ihrer Erscheinung

Verweigert jegliche Klassifizierung.

Und schickt uns auf die Suche

Nach dem,

was unsere Identität ist/ sein könnte ...

Astrid Silvia Grunert

Photographie par José Lavezzi

Variations cendrillonesques

À Istanbul

Sous la pluie

Cendrillon

A perdu

Ses chaussures,

Toutes les deux,

Dans un creux

De nuit.

[...]

Indécise

Cendrillon

Sous la pluie

Jour et nuit

Tourne tantôt

Le dos

Au palais

Et tantôt

Ses yeux y remontent

Et sont

Au bord de l’espoir.

Quelle histoire !

Le prince,

entre-temps,

fouille les bazars

entre Fener et Galata.

Elle n’est pas là -

Ni ses chaussures

À l’allure

Occidentale.

Il aura du mal

À les oublier

Si jamais

Il le désirait.

[...]

 

Astrid Silvia Grunert

 

Cinderella-Variationen

In Istanbul

Im Regen

Hat Cinderella

Ihre Schuhe

Verloren.

Alle beide,

In einem leeren Augenblick

nachts.

[...]

Unentschlossen

Dreht Cinderella

Im Regen

Tag und Nacht

Bald dem Palast den Rücken

Und bald wandert ihr Blick

An den Mauern empor.

Hoffnungsvoll.

Was für eine Geschichte !

Inzwischen

Durchkämmt der Prinz

Die Basare

Zwischen Fener und Galata.

Sie ist nicht da

Und auch nicht ihre Schuhe

Mit den orientalischen

Absätzen.

Er wird Mühe haben,

sie zu vergessen.

Falls er das jemals

Vorhaben sollte.

[...]

 

Astrid Silvia Grunert

Photographie par José Lavezzi
Photographie par José Lavezzi

Pensées Orient Occident

Le ciel est

Parfois

Couvert

Parfois

Clair.

Permettant de voir

Les étoiles

Et la lune

demie et pleine.

Symbole bien au-dessus de son existence astronomique.

Qui a tracé la ligne

Entre Orient et Occident ?

Qui a ainsi

Divisé la lune ?

Diversité, différence.

Un monde nous sépare

Et nous unit

Paradoxalement.

Je pense

Qu’on ne doit pas accorder trop d’importance

Au Bosphore.

Ce n’est qu’un détroit

Pas la mer ouverte.

Mais, cependant, il faut savoir nager

Même pour surmonter

Le plus petit filet d’eau.

 

Astrid Silvia Grunert

 

Gedanken Orient Okzident

Der Himmel ist

Manchmal

Bezogen,

manchmal

klar.

So dass man

Die Sterne sehen kann

Und den Mond

halb und voll.

Symbol jenseits seiner astronomischen Bedeutung.

Wer hat die Linie

Zwischen Orient und Okzident gezogen ?

Wer hat denn bloß

Den Mond geteilt ?

Vielfalt, Verschiedenheit.

Eine Welt trennt uns,

eine Welt hält uns zusammen.

Paradox.

Ich glaube,

Dass man dem Bosporus

Nicht zu viel Bedeutung beimessen sollte,

da er doch nur eine Meerenge ist

und keine offene See.

Trotzdem

Sollte man schwimmen können,

auch beim Durchqueren

des kleinsten Flusses.

 

Astrid Silvia Grunert

Photographie par José Lavezzi

La lune divisée - Orient et Occident

Un jour,

Dieu était en train

De jouer au ping-pong avec la lune.

Un moment,

Il ne fit pas attention.

Et la boule

Se brisa.

Quoi faire donc ?

Dieu se gratta sa tête

Distinguée.

Les rayons pâles

Échappaient

Dans tous les sens

Et se perdaient

En désordre.

Il devait

Masquer

Ce déficit

Soudain et inattendu.

Jusque là,

La lune

Avait toujours été

Pleine et ronde

Blanche et rayonnante

Chaque nuit

À nouveau

Inchangeable.

Dieu convoqua

Une réunion d’urgence.

Tous les anges

Étaient là,

Aux visages impatients

(car les anges, eux, sont toujours avides de sensationnel).

[...]

Depuis ce temps,

Les anges dans les laboratoires divins

se donnent la peine

De développer une nouvelle recette de colle

Infaillible.

Et entre-temps,

Personne ne se souvient

Du temps

Où la lune ne faisait

Qu’une.

 

Astrid Silvia Grunert

 

Der geteilte Mond - Orient und Okzident

Eines Tages

Beschloss Gott,

Mit dem Mond Pingpong zu spielen.

Als er kurz

Nicht aufpasste,

brach die Kugel

in Stücke.

Was nun ?

Gott kratzte sich am Kopf.

Distinguiert, versteht sich.

Die fahlen Strahlen

Wischten nach allen Richtungen

Ins Freie

Und verloren sich

In Unordnung.

Er würde wohl

Dieses plötzliche und unerwartete Manko

Irgendwie kaschieren müssen.

Bis dahin

War der Mond

Immer voll und rund gewesen,

weiß und strahlend.

Nacht für Nacht.

Unveränderlich.

Gott berief

Eine Notfallsitzung ein.

Alle Engel

Hatten sich

Mit erwartungsvollen Gesichtern eingefunden.

(denn Engel sind immer ein bisschen auf Sensationen aus).

[...]

Seit jener Zeit

Mühen sich die Engel in den Himmelslabors

Einen unfehlbaren Spezialkleber

herzustellen.

Und inzwischen

Erinnert sich niemand mehr an die Zeit,

in der der Mond

immer voll gewesen ist.

 

Astrid Silvia Grunert

Photographie par José Lavezzi
Photographie par José Lavezzi

ORIENT - OCCIDENT

Le ciel est bleu.

A l’Est

L’Orient.

A l’Ouest

L’Occident.

On ne sait plus

Qui les a inventés

Un jour.

[...]

L’Orient et l’Occident,

C’est des faits

Et des histoires.

C’est des vues perspicaces

Et des pensées étroites.

C’est l’eau du Bosphore

Qui obscurcit

Et s’éclaircit

Selon le temps.

Orient - Occident,

Idées chargées

De contradictions,

De points communs.

Symboles

D’une union impossible !?

Continents

Rapprochés et éloignés

Par la mythologie.

L’Europe qui se retourne,

Se retourne

Se retourne.

Une partie de l’histoire

Sera toujours subjective.

 

Astrid Silvia Grunert

 

ORIENT - OKZIDENT

Der Himmel ist blau -

Im Osten

Orient.

Im Westen

Okzident.

Man weiß nicht mehr,

wer sie erfunden hat

eines schönen Tages.

[...]

Orient und Okzident,

Das sind Tatsachen

Und Geschichten.

Hellsichtige Visionen

Und verengte Gedanken.

Das Wasser des Bosporus

Verdunkelt

Und erhellt,

je nach Wetterlage.

Orient und Okzident,

Vorstellungen voller

Widersprüche

Und Gemeinsamkeiten.

Symbole

Einer unmöglichen Verbindung ?

Kontinente,

mythologisch

angenähert und entfernt.

Europa, die sich umblickt,

umblickt,

umblickt.

Ein Teil der Geschichte

Wird immer subjektiv sein.

 

Astrid Silvia Grunert

Photographie par José Lavezzi

Orient_ations pour pieds gauches et droits

Un pied à l’ouest,

ça fait de l’Occident ?

Un pied à l’est,

ça fait de l’Orient ?

Et qu’est-ce qu’on fait

avec les pas au milieu ?

On les oublie ?

On les laisse en suspens,

héritage d’une histoire lointaine ?

Est-ce qu’à présent

Orient et Occident

sont devenus

des notions obsolètes ?

Les frontières

ne nous font jamais le plaisir

d’être sans équivoque.

Je parlerais donc de sphères plutôt.

Des sphères peuvent

se chevaucher

et permettre

à un pied gauche

et à un pied droit

de se reposer

de temps en temps/ à l’occasion -

au milieu.

 

Astrid Silvia Grunert

 

Orient_ierungen für linke und rechte Füße

Ein Fuß im Osten,

macht das schon Okzident ?

Ein Fuß im Westen,

ist das der Orient ?

Und was tun

mit den Schritten dazwischen ?

Einfach vergessen ?

Oder sie offen lassen,

Erben einer fernen Geschichte ...

Sind heutzutage

Orient und Okzident

als Begriffe überflüssig

geworden ?

Grenzen

tun uns niemals den Gefallen,

eindeutig zu sein.

Ich würde daher lieber von Sphären sprechen.

Sphären können

sich überlappen

und einem rechten Fuß

und einem linken Fuß

gestatten,

sich, wenn es der Anlass will,

in der Mitte auszuruhen.

 

Astrid Silvia Grunert

Photographie par José Lavezzi
Photographie par José Lavezzi

Brouillard

Le brouillard

reste

sur le détroit,

aujourd’hui -

et hier, c’était la même chose ?

[...]

La vie à vision

unilatérale

est beaucoup pus facile

que la vision multilatérale

des choses.

Dès qu’on décide

qu’une chaussure

est noire

ou blanche,

on peut choisir les bons vêtements

avec.

Les chaussures grises

par contre,

peuvent poser

des problèmes.

Puisqu’elles admettent

soit une robe blanche

soit une robe noire.

C’est pour cela aussi

qu’on aime le brouillard.

Parce qu’il permet

de rester blancs

et noirs.

Le brouillard au-dessus du détroit

bouge,

indécis.

Et, en disant qu’on n’y est pour rien,

mais impuissant contre les influences météorologiques

on est secrètement content

que le brouillard nous soulage

de toute

Décision.

 

Astrid Silvia Grunert

 

Nebel

Der Nebel

liegt

auf der Meerenge.

Heute -

und gestern, war das dasselbe ?

[...]

Das Leben aus unilateraler

Sicht

ist um so vieles einfacher

als eine multilaterale Vision

der Dinge.

Sobald man sich entscheidet,

dass ein Schuh

schwarz

oder weiß ist,

kann man die richtige Kleidung

dazu auswählen.

Graue Schuhe

hingegen

können Probleme

bereiten.

Weil sie sowohl ein weißes

als auch ein schwarzes Kleid

in Frage kommen lassen.

Daher auch

ist der Nebel so beliebt.

Weil er erlaubt,

entweder weiß

oder schwarz zu bleiben.

Der Nebel über der Meerenge

bewegt sich

und, indem man sagt, man könne für nichts,

man sei doch machtlos gegenüber

meteorologischen Einflüssen,

ist man insgeheim froh,

dass der Nebel

einem so manche Entscheidung

abnimmt.

 

Astrid Silvia Grunert

Photographie par José Lavezzi

D’éléphants et de souris

Il fut sur la rive gauche

du détroit

et regarda

le brouillard

qui s’étendait devant ses yeux

et ne permettait que d’identifier

les ombres des choses

qui passaient.

Il se tint

sur la rive droite du détroit

et observa

le brouillard

qui s’imposait devant ses yeux

et ne laissait que reconnaître

les silhouettes des choses

qui y flottaient.

Il leva un sourcil -

et visa

une ombre

qui venait d’apparaître

dans son champ de vision.

Il se donna un peu de mal

pour déchiffrer

ce que c’était.

Malheureusement,

il avait oublié

ses lunettes à la maison.

L’ombre se balança

sur l’eau.

Devint tantôt plus grande,

tantôt plus petite.

La taille des choses

vues de loin

reste souvent

difficile à estimer.

Il fronça une paupière -

et fixa

une silhouette

qui venait de se manifester

devant ses yeux.

Il s’efforça un petit peu

de reconnaître

ce que c’était.

Hélas, il avait laissé ses lentilles de contact

dans la salle de bain.

La silhouette bascula

sur l’eau.

Devint tantôt plus blanche,

tantôt plus noire.

La couleur des choses

vues de loin

reste souvent

difficile à déterminer.

Il décida, enfin,

que l’ombre était grande

et qu’elle ressemblait

à un éléphant.

Un éléphant

de couleur rose.

Car le rose

se cache

volontiers au-dessous du gris.

Et les éléphants, eux,

sont suffisamment grands

pour résister

à une matinée brumeuse

sur un détroit

quelconque.

Il résolut, finalement,

que la silhouette était blanche

et qu’elle avait l’apparence

d’une souris.

De petite taille.

Car les souris,

on le sait -

se font souvent plus grandes

de que ce qu’elles sont.

Mais leurs mouvements

agiles

sont pourtant suffisamment vifs

pour s’imposer

à une matinée brumeuse

sur un détroit

quelconque.

Éléphant rose,

sur une rive -

Souris blanche

sur l’autre.

Et l’eau au milieu

et le brouillard entre les deux

qui était identique et réel

se demandait

pourquoi on lui donnait toujours

des noms si bizarrement différents.

Et tous les deux, chacun pour soi,

rentrèrent à la maison

et racontèrent

ce qu’ils avaient vu.

 

Astrid Silvia Grunert

 

Von Elefanten und von Mäusen

Er stand

am linken Ufer der Meerenge

und schaute

in den Nebel,

der sich vor seinen Augen

ausbreitete

und nur Raum ließ für die Schatten

der Dinge,

die vorüberkamen.

Er lehnte

am linken Ufer der Meerenge

und betrachtete

den Nebel,

der sich vor ihm hinzog

und bloß etwas preisgab

von den Silhouetten der Dinge,

die vorüberschaukelten.

Er hob eine Augenbraue

und visierte

einen Schatten an,

der sich in sein Blickfeld schob.

Er strengte sich an,

herauszufinden,

worum es sich handelte.

Leider

hatte er seine Brille

zu Hause vergessen. Der Schatten schaukelte

auf dem Wasser.

Wurde bald größer,

bald kleiner.

Die Größe der Dinge

ist von Weitem

immer schwierig

einschätzbar.

Er hob ein Augenlid

und gestattete sich,

die Silhouette zu fixieren,

die gerade eben

vor seinen Augen auftauchte.

Er gab sich ein bisschen Mühe,

zu ergründen,

was es wohl sein mochte.

Unglücklicherweise

hatte er seine Kontaktlinsen

im Bad liegen lassen.

Die Silhouette schwankte

auf der Wasseroberfläche.

Wurde bald eher weiß,

bald eher schwarz.

Die Farbe der Dinge

ist von Weitem

immer schwierig

zu bestimmen.

Er beschloss schließlich,

dass der Schatten groß sei

und im Grunde

einem Elefanten ähnelte.

Einem rosa

Elefanten.

Denn Rosa

versteckt sich gerne mal

unter Grau.

Und was Elefanten betrifft,

so sind sie groß genug,

einem nebligen Morgen

an einer beliebigen Meerenge

die Stirn zu bieten.

Er kam endlich zu der Ansicht,

dass die Silhouette weiß sein müsse

und am ehesten

die Gestalt einer Maus hatte.

Einer kleinen

Maus.

Denn Mäuse

wirken, wie man weiß,

oft größer,

als sie eigentlich sind.

Aber ihre schnellen

Bewegungen

sind letztlich lebhaft genug,

um sich gegen

einen nebligen Morgen

an einer beliebigen Meerenge

durchzusetzen.

Rosa Elefant,

auf einem Ufer.

Weiße Maus

auf dem anderen.

Und das Wasser in der Mitte.

Und der Nebel zwischen den beiden,

der identisch und real war,

fragte sich,

warum man ihm immer

so seltsam verschiedene Namen geben musste.

Und jeder für sich

Ging heim

Und erzählte dort,

was er gesehen hatte.

 

Astrid Silvia Grunert

Photographie par José Lavezzi

Le voyage à Istanbul ou

Où commence l’Orient ?

 

Il entendait les adultes autour de lui parler de l’Orient. Ils disaient que c’était vers l’est. Que c’était beau et étrange, cultivé et coloré, différent et loin surtout. Ils parlaient de Byzance qui s’appelle également Istanbul. L’enfant, devenu curieux, prit sa boussole, ouvrit la porte de l’appartement, descendit dans la rue et se dirigea vers l’est.

Berlin l’accueillit. La rue où il habitait était plutôt calme. Un quartier résidentiel. Les maisons individuelles et à deux appartements ne se mêlaient pas à la vie de dehors. Quelques rideaux et volets étaient encore fermés. Un mode de vie très ordonné, un peu creux, sans caractéristiques spécifiques. Vraiment ? Les jardins de devant s’ennuyaient. Les gazons étaient tellement impeccablement coupés qu’on ne les remarquait plus. Une toute légère odeur de détergent émanait des canalisations. Cependant, il s’agissait d’une odeur qui savait prendre ses distances. Discrète. Comme une table de cuisson de ceran polie deux fois de suite. Par une fenêtre entrouverte s’échappait un pop song timide, signalant la présence d’un adolescent révoltant. Dans cet univers de sons assourdis et de voix baissées, l’enfant à la boussole faisait une apparition étrange. Ici, on ne cherchait pas. Ici, on prétendait qu’on avait déjà trouvé.

La boussole le mena vers l’est. Istanbul, Orient, Byzance. Il n’avait aucune idée du nombre de kilomètres à parcourir. Mais, en tant qu’enfant, on ne pense heureusement pas encore en kilomètres et on est convaincu que "loin" est une dimension dans le possible.

[...]

 

Astrid Silvia Grunert

Photographie par José Lavezzi
Photographie par José Lavezzi

Die Reise nach Istanbul oder

Wo beginnt wohl der Orient ?

 

Er hörte, wie die Erwachsenen vom Orient sprachen. Im Osten sollte das sein, sagten sie. Und schön und fremdartig, kultiviert und bunt, anders und vor allem weit, sehr weit. Sie sprachen von Byzanz, das auch Istanbul heißt. Neugierig geworden, nahm das Kind seinen Kompass, öffnete die Haustür, ging auf die Straße hinaus und wandte sich nach Osten.

Draußen nahm Berlin es mit. Die Straße, in der es wohnte, war eher ruhig. Ein typisches Wohnviertel. Einfamilien- und höchstens Zweifamilienhäuser hatten mit dem Leben draußen nichts zu schaffen. Einige Vorhänge und Rolläden waren noch geschlossen. Ein sehr geordnetes Leben, ein bisschen öde, ohne besondere Merkmale. In der Tat ? Die Vorgärten langweilten sich gähnend. Die Rasenflächen waren so sorgfältig gemäht, dass sie nicht einmal mehr auffielen. Ein ganz leichter Geruch nach Waschmittel stieg aus den Gullys auf. Es handelte sich jedoch um einen höchst zurückhaltenden Geruch. Irgendwie diskret. Wie ein zweimal poliertes Ceran-Kochfeld. Durch ein halboffenes Fenster klang ein verhaltener Popsong, der die Anwesenheit eines pubertierenden Teens verriet. In diesem Universum der leisen Töne und gedämpften Stimmen nahm sich das Kind mit dem Kompass irgendwie seltsam aus. Hier suchte man nicht. Hier gab man vor, bereits gefunden zu haben, wonach zu suchen sich lohnte.

Der Kompass führte es nach Osten. Istanbul, Orient, Byzanz. Er hatte keinen Schimmer, wie viele Kilometer es wohl sein mochten. Aber als Kind denkt man glücklicherweise noch nicht in Kilometern und ist überzeugt, dass „weit“ eine Bezeichnung im Bereich des Machbaren ist.

[...]

 

Astrid Silvia Grunert

Photographie par José Lavezzi

Du serpent qui alla vers l’Est

Et du serpent qui alla vers l’Ouest

 

Il étaient une fois deux serpents,

nés dans la même corbeille.

Lorsqu’ils étaient devenus

suffisamment grands

pour partir pour découvrir

le monde extérieur,

l’un se décida d’aller vers l’Est,

tandis que l’autre

prit le chemin vers l’Ouest.

Ils marchèrent

longtemps.

Leur peau

devint plus dure,

tout en gardant les traces

de certaines aventures

de voyage.

La vie est ainsi faite.

A un moment,

ils retournèrent la tête

et se rendirent compte

de la distance

qui avait émergée entre eux.

Temps de rentrer

pour se raconter

leurs expériences

l’un à l’autre.

[...]

 

Astrid Silvia Grunert

 

Von der Schlange, die nach Osten

Und von der Schlange, die nach Westen

Ging

 

Es waren einmal zwei Schlangen,

die beide im selben Korb

geboren worden waren.

Als sie groß genug geworden waren,

um hinauszugehen

und die Welt zu entdecken,

schlug eine den Weg nach Osten ein,

und die andere

wandte sich nach Westen.

Sie gingen

eine ganze Weile.

Ihre Haut

wurde härter

und bekam Spuren

der verschiedenen Abenteuer am Wegesrand

ab.

Wie das Leben so spielt.

Irgendwann

sahen sie sich um

und ihnen wurde klar,

wie groß der Raum

zwischen ihnen geworden war.

Zeit zurückzukehren,

um sich gegenseitig

die Erlebnisse zu berichten.

[...]

 

Astrid Silvia Grunert

 

Brücken

Über sieben Brücken musst du gehen.

Im Deutschen gibt es dieses blöde Lied.

Ich glaube, irgendeine DDR-Band hat es zuerst gesungen. Karat möglicherweise.

Nicht der Rede wert eigentlich.

Aber da wir gerade von Brücken sprechen ...

Orient und Okzident,

da sollte es schon Brücken dazwischen geben.

Schließlich gibt es heutzutage

Brücken in jeden erdenklichen Winkel der Erde.

Brücken jeder Art.

Es gibt Landbrücken,

Schiffsbrücken, Luftbrücken.

Genau, die Luftbrücke, die Berlin durchgebracht hat,

das war auch so eine Sache.

Der einzige Weg, der offen war.

Er wurde genutzt,

es hat geklappt.

[...]

So ist das mit den Brücken.

Ihr Bild gibt Raum

Für sentimentalen Kisch,

für strategische Planungen,

für Städteplaner.

Ihre Realität

Macht aus zwei Punkten eine Linie

Entlang derer

Wir einen Brief schreiben können

Oder, wenn’s dringend ist,

auch ein Telegramm.

 

Astrid Silvia Grunert

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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